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  • Photo du rédacteur Luisa Boudev

Le squelette narratif

Bonjour à tous !

Je suis heureuse de partager ce nouvel article pour vous faire part de ma réflexion sur le découpage de la trame d’un roman, que je nomme affectueusement le « squelette ». Le squelette, pour moi, c’est ce qui permet de caler tous les organes de l’histoire et de la mettre en mouvement.

Je vous ai parlé dans mon précédent article de la création du contexte et des personnages, préalable à la trame. La constitution du squelette est la dernière étape avant la rédaction à proprement parler.


De l’importance de développer ses personnages avant de commencer son squelette.

La construction de votre ossature peut fortement dépendre du développement de vos personnages. Je pars du principe que ce que je raconte aujourd’hui dans mon récit est le résultat du contexte et des prises de décision de mes personnages. Exactement comme dans la vraie vie, en fait. Et si je veux être crédible, je ne dois pas imposer à ces personnages des gestes ou des paroles qui ne leur correspondent pas. Quelque part, ce sont eux qui décident de ce qu’ils vont faire, pas moi : une fois développés, ils deviennent indépendants de moi-même. Si je crée un héros traumatisé d’une quelconque manière dans son enfance, sa prise de décision et nombre de ses réactions sont influencées (voire conditionnées) par ce traumatisme, sinon ce n’est pas logique.

Avant de commencer mon bricolage de chapitres, je m’assure d’avoir un contexte en béton. Sinon, mes personnages me le feront payer plus tard, soit en me bloquant quelque part parce que je les aurai amenés là où ils n’auraient pas été si je les avais respectés, soit en ruinant tout le développement de ma trame.

Je développe leur caractère de façon superficielle pour commencer, histoire de m’offrir un peu de souplesse – car le vécu forge une grande partie de ce caractère.

Lorsque je raconte l’enfance, je parle du milieu social, des parents, ce qui va orienter l’éducation de mon héros. Je détermine tous les événements qui ont marqué sa vie : le décès d’un proche, un voyage, les relations sentimentales, les opportunités professionnelles, les accidents/maladies, etc. Toutes ces choses doivent amener mon héros à se trouver dans un certain endroit à un certain moment, et ici démarre le récit.


Garder en vue la chronologie.

Si l’intrigue est complexe et qu’il y a plusieurs personnages dont les vies s’entrecroisent, il faut garder l’œil sur un détail : la chronologie. Même si vous ne donnez pas de dates précises dans votre histoire, cela peut grandement vous aider à vous retrouver dans tous vos intervalles temporels si vous en inventez une pour vous-même – ne serait-ce que pour savoir quel âge ont vos personnages à n’importe quel moment. Il suffit que vous fassiez des ellipses pour perdre la notion du temps, justement, et faire des erreurs qui vous sembleront aussi casse-tête qu’un point-virgule oublié dans une page de code informatique.

Pour être sûre de ne pas m’y perdre, je prends ma calculette et je dessine une frise avec des dates clefs pour tout le monde, un code couleur par personnage et une petite description de ce qui arrive à chacun, accompagnée de son âge et du lieu dans lequel il se trouve. En cas de rédaction d’un « flash-back », je suis à l’abri de la migraine et je peux dire si Shade Falken a déjà, à ce moment-là, du poil au menton. J’avais fait une petite frise pour ONIRIS, j’en ai constitué une autre pour CATHARSIS, mais la plus complexe, c’est ma frise pour MUSE, puisque je me suis lancée dans un joyeux trip de voyages temporels avec de gros risques de paradoxes (le genre de trucs qui peuvent détruire l’univers, paraît-il. En termes d’écriture, l’apocalypse est assurée : si votre lecteur tatillon s’en rend compte, tout votre travail sera bon à jeter dans un « pff, pas crédible cette histoire »).


Le développement en arborescence.

Passons au squelette narratif, qui devrait se faire un peu plus facilement étant donné qu’une bonne partie du boulot a été mâchée en amont.

Pour me retrouver dans mon travail sans passer mon temps à jouer du curseur et de la barre de défilement, j’utilise beaucoup les « styles » de Word pour faire de petits groupes dans lesquels je rassemble tous les éléments concernant un événement. Je garde toujours mon onglet de navigation à ma gauche pour voir mon plan en un coup d’œil et cliquer sur n’importe quel titre. Si je peux me permettre de créer un fichier par thème pour mes recherches, pour le squelette je préfère avoir tout au même endroit.

Premier niveau de l’arborescence : il s’agit d’un résumé rapide des différents moments forts de mon histoire.

Second niveau : je découpe chacun de ces moments en plusieurs étapes distinctes, ce qui me permet plus ou moins de tout développer en même temps et de pouvoir faire des bonds réguliers d’un événement à un autre pour lutter contre les incohérences et la pesante linéarité.

Dernier niveau : je découpe chaque étape en plusieurs points qui ne contiennent qu’une phrase simple et nette.

Cette arborescence va m’aider à développer, de manière à peu près uniforme, tout ce à quoi je n’ai pas encore pensé. Si j’ai choisi ce système, c’est pour son efficacité : après des années à perdre du temps et de l’énergie dans des détails trop fournis qui me créaient pas mal de bugs d’un chapitre à l’autre, j’ai préféré les idées claires, laissant les fioritures au temps de la rédaction pure de mon histoire. Depuis que je fonctionne ainsi, mes fichiers sont mieux rangés que mes placards, et je retrouve toujours mes petites affaires.


La démystification de l’inspiration.

Après avoir parlé de la forme, je vais évoquer le fond. Je me retrouve, de temps à autre, à devoir expliquer à des gens comment fonctionne mon processus créatif ; c’est exactement la même chose qui se passe dans mon fichier et dans mon cerveau. Je ne suis pas différente de tout le monde : je ne me suis jamais levée le matin avec le contenu de plusieurs centaines de pages dans la tête, comme ça, paf, avant mon café.

Je me réveille avec une vague idée (seulement quelques scènes-clefs, la plupart du temps, un peu comme une bande-annonce) et un ou deux personnages plutôt stéréotypés que je m’efforce d’affiner ensuite. Ces quelques éléments flous ne me disent souvent pas grand-chose au début. C’est quand je commence à leur greffer des choses qui m’ont inspirée, comme des ambiances de films et de livres, des éléments des reportages que je regarde et des articles que je lis, ou même des souvenirs personnels, que cela commence à prendre forme. Parfois j’erre même sur Pinterest quand je n’ai pas trouvé le décor idéal dans ma tête : une photo, une illustration, et hop ! Tout à coup l’inspiration se met en route. Je manque rarement de carburant pour créer, parce que ce carburant est partout : un visage croisé dans la rue, une musique de Two Steps From Hell, et dans ma tête la banale promenade devient un événement épique. C’est en observant de la brume errant devant la montagne que j’ai imaginé la Mort Blanche (ONIRIS) – en somme, rien de bien compliqué.

Je parlais plus tôt de l’image de la bande-annonce ; à vrai dire, je vis mon histoire comme une spectatrice devant un film que je me contente de décrire.


Du squelette à la rédaction.

Il arrive que je développe moins (voire pas du tout) l’introduction et l’épilogue de mon squelette, et ce pour une raison : je me mets tellement la pression pour que les premiers mots puis les derniers aient un fort impact sur le lecteur, que je me retrouve souvent à hésiter sur la forme, bien que le fond soit là. Comment savoir, quand on a peur de manquer d’efficacité, quelle approche choisir ? Si le début d’ONIRIS s’est fait facilement, et qu’au bout de plusieurs semaines j’ai enfin trouvé celui de MUSE, je suis toujours embêtée pour CATHARSIS : l’intervalle temporel de l’histoire est tellement large que je ne sais pas par quel événement démarrer, bien que le reste de mon squelette soit entièrement et soigneusement découpé depuis un moment.

Faire le tri entre plusieurs versions n’est pas facile, et en tant qu’auteur, jamais objectif. Je remarque, suite aux retours que l’on m’a fait sur mon premier roman, que mes scènes préférées ne sont pas forcément les mêmes pour mes lecteurs, et il en va de même pour les personnages. Mais voilà, en premier lieu, j’écris pour moi ; et si cela me plaît, je le partage avec les autres. Tous mes choix sont donc guidés par mes goûts personnels et pas parce que « ça fait vendre » ou « ça plaît à tout le monde ». J’aime les barbes alors j’ai des personnages barbus, mais tout le monde n’aime pas les barbes.

Je décide de conclure cet article avec mon amour pour les barbes, et cela, c’est un épilogue de choix :p


À très bientôt !

Luisa.

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